Chauffer un village grâce à l'énergie sous ses pieds

Comment décarboner un village de coteau aux rues étroites et au bâti historique, sans place pour une centrale thermique ? En Suisse, maintes petites communes font face à ce dilemme : s’affranchir du mazout et du gaz alors que le chauffage à distance classique est trop lourd, trop cher, ou simplement impraticable.

ANERGYCAD
© Ström SA


À Grandvaux (commune de Bourg-en-Lavaux), le CSEM et ses partenaires déploient une méthode novatrice visant à capter la tiédeur naturelle du sous-sol. Dès 2026, une boucle anergie, constituée d’un fluide circulant en circuit fermé sous la chaussée, acheminera cette chaleur à travers tout le village, ouvrant la voie à d’autres communes. Encore méconnu, le terme « anergie » désigne cette chaleur ambiante inexploitée, qu’elle provienne naturellement du sol ou de l’air, ou qu’elle soit issue de nos activités. Trop faible pour chauffer un foyer à elle seule, elle présente l’intérêt d’être disponible toute l’année. À Grandvaux, ce réseau souterrain permettra ainsi d’en faire une source thermique locale et renouvelable.

Au sein du projet pilote ANERGYCAD, le CSEM a conçu et validé ce réseau avec sept partenaires. Contrairement aux systèmes traditionnels qui transportent de l’eau entre 80 et 100 °C depuis une centrale thermique via de lourdes conduites isolées, cette boucle mise sur la température ambiante. Car pour de petits villages, déployer de telles infrastructures sur des kilomètres est économiquement et techniquement irréaliste.

La force de l’anergie : un réseau local et sobre


Le réseau ANERGYCAD est entièrement décentralisé : une boucle unique achemine un fluide à basse température sous la route et les zones de stationnement, où des sondes géothermiques et des récupérateurs compacts captent la chaleur du sol et des infrastructures. Chaque bâtiment utilise ensuite sa propre pompe à chaleur pour porter cette énergie au niveau requis, garantissant un confort total sans matières fossiles.

Max Boegli, Senior R&D Engineer au CSEM, explique : « Notre rôle a été de transformer une idée prometteuse en solution d’ingénierie complète. Nous avons simulé le comportement de la boucle sur cinquante ans, étudié les fluctuations thermiques du sol et les performances des pompes à chaleur, et déterminé l’emplacement des sondes pour assurer l’équilibre thermique du système. »

Repenser le chauffage des villages suisses

Grandvaux a servi de terrain d’essai grandeur nature. Planeto, un spin-off de l’Université de Genève, et le CSEM ont modélisé 67 bâtiments (besoin annuel : 2,3 GWh) pour vérifier que la voirie pouvait accueillir toutes les sondes nécessaires, et optimiser le tracé. Résultat : les bâtiments sont raccordés en série par groupes de six à dix, entre lesquels sont intercalés les groupes de sondes. Cette configuration ne nécessite qu’un forage par bâtiment et tient dans l’espace disponible.

L’efficacité est au rendez-vous : comparé à des pompes à chaleur individuelles, ce réseau partagé réduit la longueur totale des sondes de 33 %. Et face à un système centralisé, il demande 25 % de forages, 65 % d’énergie de pompage et 30 % d’électricité en moins. Yves Stauffer, Project Manager au CSEM, souligne : « Ce dispositif offre le même confort en utilisant moins de ressources à tous les niveaux. C’est une étape majeure vers un chauffage décarboné adapté aux petites communes. »

Un modèle pour l’avenir

Le projet ANERGYCAD, cofinancé par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) et mené dès le départ avec Bourg‑en‑Lavaux, se concrétisera en 2026 avec la construction du réseau basse température de Grandvaux sous la direction de la société d’ingénierie Ström SA. Le Dr Thomas Söderström, directeur de Ström SA, souligne : « Cette approche permet à tous les villages de se décarboner tout en stockant l’excédent d’énergie estival pour l’hiver. »

La Suisse compte plus de 1000 communes de moins de 2000 habitants, où le raccordement à une centrale thermique ne serait pas adapté. En combinant une modélisation de pointe avec des équipements localisés, tels que des sondes géothermiques, des récupérateurs de chaleur compacts et une boucle anergie, le CSEM et ses partenaires ont fait de Grandvaux un modèle reproductible. Cette solution permet aux villages d’exploiter l’énergie sous leurs pieds et de réduire leurs émissions, tout en préservant l’intégrité de leurs rues et en maîtrisant leurs budgets.

Envie de rendre les systèmes énergétiques plus intelligents, plus sûrs et plus efficaces ?

Découvrez sur la page des solutions énergétiques digitales de CSEM comment nous répondons aux enjeux de prévision, de diagnostic d’anomalies, de gestion de la flexibilité et d’optimisation des systèmes énergétiques décentralisés. Ou contactez-nous via notre formulaire pour explorer une collaboration.